Article 4 : Maturité et Renaissance
Survivre, puis se réinventer
2007-2023 : Era Vulgaris, la quasi-mort de Josh Homme, ...Like Clockwork, Villains et In Times New Roman...
La reine et la mort : une imagerie qui traverse toute la maturité de Queens of the Stone Age
Introduction : Survivre, puis se réinventer
Era Vulgaris · La quasi-mort · ...Like Clockwork · Villains · In Times New Roman... · La part d'ombre · Synthèse
Les quatre laboratoires parallèles nous ont montré un Josh Homme architecte de rencontres, essaimant autour de lui des projets qui nourrissaient sa maison mère. Mais pendant que les Desert Sessions, Eagles of Death Metal, Them Crooked Vultures et Post Pop Depression menaient leurs vies propres, Queens of the Stone Age continuait d'avancer. Entre 2007 et 2023, en seulement quatre albums studio, le groupe a traversé la séquence la plus dramatique de son histoire : l'expérimentation la plus extrême, puis la mort littérale de son fondateur, puis une résurrection qui allait devenir son sommet critique, et enfin une maturité qui refuse obstinément la stagnation.
Josh Homme, figure centrale de toute cette période de maturité
Ces seize années dessinent un arc d'une pureté presque romanesque : expérimentation, mort, renaissance, maturation. Era Vulgaris (2007) pousse le son du groupe jusqu'à l'abstraction, au risque d'y perdre son public. En 2010, une opération qui devait être sans histoire tourne au cauchemar, et Homme se retrouve, l'espace de quelques minutes, cliniquement mort sur une table de bloc opératoire. De ce néant naîtra ...Like Clockwork (2013), premier numéro un du groupe aux États-Unis et chef-d'œuvre reconnu de la fragilité. Villains (2017) puis In Times New Roman... (2023) prolongeront ensuite la trajectoire sans jamais se répéter.
Sous ce récit spectaculaire court un fil plus discret mais tout aussi déterminant : la stabilisation du groupe. Après quinze ans de portes tournantes, Queens of the Stone Age trouve enfin, autour de 2013, une formation qui ne bougera plus. Cette permanence, rare dans la carrière de Homme, n'est pas un détail administratif. Elle est la condition matérielle de la maturité, car on ne construit ni la confiance ni la subtilité collective avec un personnel qui change à chaque album.
C'est peut-être la leçon centrale de cette période. La maturité, pour un groupe de rock, n'est ni l'assagissement ni le déclin. C'est la capacité de survivre, au sens le plus littéral, puis de continuer à se transformer sans se trahir. De l'abstraction d'Era Vulgaris jusqu'aux longues montées en puissance d'In Times New Roman..., c'est cette double aptitude, encaisser et se réinventer, que raconte l'article qui suit.
Chapitre 11 : Era Vulgaris (2007)
11.1 La radicalisation expérimentale
Era Vulgaris, publié le 12 juin 2007, est l'album le plus délibérément difficile de toute la discographie de Queens of the Stone Age. Là où Lullabies to Paralyze avait esquissé un premier pas hors de la formule de Songs for the Deaf, ce cinquième album franchit franchement la ligne. Produit par Josh Homme et Chris Goss sous le pseudonyme facétieux des Fififf Teeners, enregistré et mixé par le fidèle Alain Johannes, c'est le dernier disque du groupe pour Interscope, et le plus âpre.
Homme a décrit le son qu'il cherchait sans détour : quelque chose de sombre, de dur, d'électrique, « comme un ouvrier du bâtiment ». La critique y a entendu l'ombre de Gary Numan planer sur tout le disque, et l'on comprend pourquoi : c'est un album de guitares qui grincent, de rythmes cassés, de textures métalliques, une musique qui donne l'impression d'avoir été construite avec des outils autant que jouée avec des instruments. Anguleux, mécanique, presque robotique, Era Vulgaris pousse jusqu'à l'inconfort volontaire ce goût de la contrainte et de la friction que l'on suit chez Homme depuis Kyuss.
Queens of the Stone Age, « Misfit Love », le groove mécanique d'Era Vulgaris
Le titre lui-même est un manifeste. « Ça sonne comme "l'ère vulgaire", ce qui me plaît », expliquait Homme. « Je veux dire, je pense qu'on y est, et ça me réjouit. » Tout l'album tient dans cette ironie grinçante : célébrer la laideur de l'époque en en faisant une matière sonore, transformer le grincement en esthétique.
11.2 Le dernier album de l'instabilité
Era Vulgaris est aussi le dernier disque de l'ère des portes tournantes. En studio, le noyau se réduit à l'essentiel : Homme au chant et à la guitare, Troy Van Leeuwen, et Joey Castillo à la batterie, épaulés par Johannes et Goss. Autour de ce cœur gravitent quelques invités, mais choisis avec cette logique du contre-pied que Homme revendique. « J'aime les combinaisons que personne n'attend », disait-il, « c'est le meilleur d'une fête surprise. »
Queens of the Stone Age, Southampton Guildhall, 12 février 2008 (ère Era Vulgaris)
Julian Casablancas, des Strokes, prête ainsi sa guitare-synthé et sa voix aux chœurs de « Sick, Sick, Sick », le premier single. Mark Lanegan, présence tutélaire de tout l'univers, hante « River in the Road ». Quant au morceau-titre, chanté avec Trent Reznor, il n'apparaît nulle part sur l'album standard : relégué au rang de bonus sur la seule édition britannique et sur un CD promotionnel confidentiel, il reste à la marge, et il faut se garder de surestimer une contribution que Homme lui-même a tenue à l'écart du disque officiel.
Ce morceau-titre eut d'ailleurs une vie souterraine savoureuse. En avril 2007, quelques fans gagnants d'un concours reçoivent par la poste un CD sobrement intitulé « You Know What You Did », contenant pour seule plage cette chanson avec Reznor, accompagné d'une lettre les enjoignant de la diffuser partout « comme des graffitis à libération programmée », mais pas avant minuit, le tout signé d'un énigmatique « Dr Insider ». Billy Gibbons, de ZZ Top, qui avait prêté sa voix à « Burn the Witch » deux ans plus tôt, devait lui aussi figurer sur l'album, mais son agenda l'en empêcha. Era Vulgaris restera ainsi, jusque dans ses à-côtés, un disque de raretés et de portes entrouvertes.
Michael Shuman et Dean Fertita, qui deviendront les deux piliers durables de la formation, rejoignent le groupe pour la tournée de 2007. Mais leur première vraie empreinte en studio ne viendra que six ans plus tard. Era Vulgaris marque donc un point limite : c'est le dernier disque de Queens of the Stone Age où le personnel reste un problème non résolu, où la question « qui est vraiment ce groupe ? » n'a pas encore de réponse stable. Cette instabilité s'entend d'ailleurs dans le caractère kaléidoscopique de l'album, où chaque morceau semble provenir d'un univers légèrement différent.
Affiche « Feel Good », Queens of the Stone Age, Aragon Ballroom, Chicago
11.3 « Make It wit Chu » : la chaleur au milieu des angles
Au cœur de cet album abrasif se cache pourtant l'un des morceaux les plus chaleureux jamais signés par le groupe. « Make It wit Chu » n'est pas né pour Era Vulgaris. La chanson existait déjà dans les Desert Sessions, sur les volumes 9 et 10 de 2003, où elle s'intitulait « I Wanna Make It wit Chu » et où c'était PJ Harvey qui la portait. Illustration parfaitement concrète de ce mécanisme d'incubation décrit dans l'article précédent : une idée testée dans le laboratoire sans contrainte, laissée reposer quatre ans, puis rapatriée, ralentie, domestiquée pour la maison mère.
Reprise ici gorgée de soul et d'un désir sans détour, elle détonne délibérément au milieu des grincements. Troisième single de l'album, elle deviendra l'un des morceaux les plus aimés du répertoire, la preuve que Homme, même dans sa phase la plus expérimentale, n'a jamais renoncé à la sensualité ni au refrain qui reste. C'est toute l'ambivalence d'Era Vulgaris : un disque qui se veut froid et qui abrite en son centre sa chanson la plus tendre.
Le clip de « Make It wit Chu » fut d'ailleurs tourné au Rancho de la Luna, le studio du désert où la chanson était née quatre ans plus tôt sous les chœurs de PJ Harvey. La boucle se refermait joliment : le morceau revenait exactement là d'où il venait.
Queens of the Stone Age, « Make It wit Chu » (clip officiel, tourné au Rancho de la Luna)
11.4 « Sick, Sick, Sick » et « 3's & 7's » : la vitesse et l'angle
L'album s'ouvre non sur un single mais sur « Turnin' on the Screw », déclaration d'intention rampante et menaçante. Les deux premiers singles, eux, incarnent le versant nerveux du disque. « Sick, Sick, Sick » fonce, abrasif et saturé, porté par les chœurs vénéneux de Casablancas. « 3's & 7's » file plus vite encore, propulsé par un riff en tension et une mécanique qui refuse de se laisser compter facilement, au point de devenir l'un des titres les plus repris du groupe, jusque dans les jeux vidéo de l'époque.
Queens of the Stone Age, « Sick, Sick, Sick » (clip officiel), avec Julian Casablancas aux chœurs
Entre ces brûlots et la douceur de « Make It wit Chu », entre la lourdeur mécanique de « Misfit Love » et l'étrangeté de « I'm Designer », Era Vulgaris tient les deux pôles opposés entre lesquels il oscille sans cesse, sans jamais chercher à les réconcilier. C'est un album de contradictions assumées, et c'est peut-être ce qui le rend si difficile à aimer d'emblée.
Ce paradoxe n'a pas empêché l'album d'infiltrer la culture populaire par une porte inattendue. « 3's & 7's » s'est retrouvé dans les jeux vidéo de l'époque, de Guitar Hero III à Madden, offrant au groupe une audience de joueurs qui ne l'auraient sans doute jamais croisé autrement. Quant à « I'm Designer », sa charge contre la marchandisation de soi et le culte de la célébrité, Homme préférait la présenter comme une observation que comme un réquisitoire : « c'est davantage un constat sur notre société qu'un doigt pointé au visage », disait-il, refusant le mépris facile de l'époque qu'il croquait pourtant sans pitié.
Queens of the Stone Age, « 3's & 7's » (clip officiel, 2007)
11.5 D'un échec supposé à une réévaluation
À sa sortie, Era Vulgaris divise. L'album entre à la quatorzième place du Billboard 200, avec environ cinquante-deux mille exemplaires la première semaine, un recul net après le succès de Lullabies to Paralyze. La critique, elle, se partage : Rolling Stone salue quatre étoiles un disque « minutieusement ciselé, poli avec méthode et d'une efficacité impitoyable dans sa poursuite de frissons rock dépravés », quand Entertainment Weekly assène qu'« il n'y a pas une seule chanson ici dont vous vous souviendrez, ou vers laquelle vous voudrez revenir, deux étés plus tard ». La moyenne, autour de soixante-quinze sur cent, dit bien cet accueil respectueux mais réservé.
L'iconographie du groupe : le crâne, le blouson, la cigarette
Avec le recul, ce jugement s'est nuancé. On entend aujourd'hui dans Era Vulgaris moins un faux pas qu'un passage nécessaire, le moment où le groupe teste jusqu'où il peut pousser l'expérimentation sans cesser d'être lui-même. Bien des critiques y reviendront d'ailleurs pour qualifier de « sous-estimé » ce cinquième album, et l'entendre en écho lointain du disque le plus rageur que le groupe publiera seize ans plus tard. Ces questions, explorées ici de façon parfois brouillonne, trouveront des réponses bien plus abouties sur l'album suivant.
11.6 Les marges d'Era Vulgaris
Era Vulgaris déborde de ses titres officiels, et ses marges recèlent des objets étranges. Le plus déroutant est le remix de « I'm Designer » par le duo électro britannique Hot Chip. Sur plus de six minutes, glissé en bonus sur certaines éditions, il étire le morceau vers la piste de danse et révèle, sous l'aridité mécanique de l'original, un groove insoupçonné. Curiosité pour initiés, ce remix dit pourtant quelque chose de la plasticité du son de Homme : même son disque le plus rêche pouvait se muer en machine à danser.
Queens of the Stone Age, « I'm Designer » (Hot Chip Remix) : l'objet étrange qui pousse Era Vulgaris vers la piste de danse
Mais la vraie pépite est ailleurs, et c'est une histoire de patience. « Running Joke » ne figure que sur certaines éditions de l'album, reléguée au rang de bonus, comme si le groupe lui-même n'avait pas mesuré ce qu'il tenait. Écrite semble-t-il dès l'époque de Lullabies to Paralyze, elle ne fut jouée en concert qu'une seule fois, en novembre 2007, dans une mine de sel allemande, puis oubliée. Il aura fallu près de vingt ans pour que le groupe l'exhume enfin et en fasse, sur la tournée des Catacombes, l'un des sommets de ses concerts. Preuve qu'un album ne se juge pas qu'à ses morceaux retenus, mais aussi à ce qu'il laisse dans ses marges, et que le temps met parfois du temps à rendre justice.
Queens of the Stone Age, « Running Joke » : la pépite enfouie d'Era Vulgaris, jouée une seule fois en 2007 puis ressuscitée des décennies plus tard
C'est peut-être la plus juste image d'Era Vulgaris : un disque mal-aimé, riche de trésors qu'on n'a pas fini de découvrir. Mais entre lui et sa suite, il y aura un événement que personne n'avait prévu et qui faillit tout arrêter. Avant la renaissance, il y eut la mort.
Chapitre 12 : La quasi-mort de Josh Homme (2010)
12.1 Une opération qui devait être sans histoire
À la fin de l'année 2010, Josh Homme entre à l'hôpital pour une intervention chirurgicale à la jambe, le genre d'opération qu'on croit sans danger et qu'on oublie une semaine plus tard. Il en ressortira transformé, mais pas par la chirurgie elle-même. Ce qui bascule, c'est ce qui se produit sur la table, dans les minutes où tout aurait dû n'être qu'une formalité médicale.
Josh Homme : l'homme qui a regardé sa propre fin en face (portrait GQ)
12.2 Ce qui s'est réellement passé
Une légende s'est construite autour de cet épisode, celle d'un arrêt cardiaque et de longs jours suspendus entre la vie et la mort. La réalité, plus sobre, n'en est pas moins glaçante. Alors que les médecins tentent de lui introduire une sonde à oxygène dans la gorge, Homme s'étouffe. Il ne s'agit donc pas d'une crise cardiaque spontanée : il suffoque, et l'équipe le perd brièvement. Déclaré cliniquement mort l'espace de quelques instants, il est ranimé sur place. Le récit héroïque des quinze jours entre deux mondes n'a jamais existé ; le fait exact, une mort clinique de quelques minutes par asphyxie suivie de près de deux semaines d'hôpital, se suffit à lui-même.
Homme lui-même en parlera sans emphase, avec cette ironie de survivant qui est sa signature. Interrogé sur l'expérience de mort imminente, il balaie le folklore attendu du tunnel de lumière : « J'ai plus ou moins crevé étouffé. Il n'y avait pas de tunnel. Ou alors il y avait des embouteillages à l'entrée. »
12.3 L'infection et les quatre mois
Le pire n'est pourtant pas la table d'opération. Dans les suites de l'intervention, Homme contracte une infection à staphylocoque doré résistant, le redouté SARM. Épuisé par des années à mener trois groupes de front, à produire d'autres artistes et à enchaîner les tournées, il a un système immunitaire à terre, incapable de résister. La menace est réelle et il le sait : dans le même couloir d'hôpital, un autre patient en meurt : « Des gens en meurent tout le temps. D'ailleurs, au bout du couloir, quelqu'un en est mort pendant que j'étais hospitalisé, et je me suis dit : oh non, qu'est-ce que j'ai fait ? »
Il restera près de quatre mois cloué au lit, des tubes plantés dans la jambe, prisonnier d'une chambre. C'est de cette réclusion forcée qu'il tirera, bien plus tard, une reconnaissance paradoxale, celle d'avoir été ramené à l'essentiel. L'expérience l'a « remis à zéro », dira-t-il en substance, et il s'en déclarera reconnaissant parce qu'il sait désormais ce qui compte vraiment. Mais cette lucidité viendra après. Sur le moment, il n'y a que l'immobilité, la peur et l'attente.
« Clockwork Classics » : la mort, l'amour et l'état comateux. L'imagerie de ...Like Clockwork, l'album qui naîtra de cette épreuve
12.4 Le silence intérieur
La blessure la plus profonde est invisible et met le plus de temps à cicatriser. Homme raconte avoir entendu de la musique dans sa tête depuis l'enfance, un flux permanent, une compagnie. Cette fois, il se réveille dans le silence. Pendant près de deux ans, dira-t-il, il n'entend plus rien. Pour un compositeur, c'est une forme d'amputation, la perte de l'organe même par lequel il existe. À l'alitement succède une longue dépression, dont il créditera plus tard la méditation transcendantale de l'avoir sorti. « Les cicatrices physiques guérissent vite. Ce sont les cicatrices mentales, les plus coriaces. »
Queens of the Stone Age, Houston, 2023 (affiche Ken Taylor) : le corbeau et le serpent, la vie contre la mort
12.5 Le choix de transformer la mort en matière
Cette expérience aurait pu signifier la fin de Queens of the Stone Age. Le groupe traversait déjà une passe incertaine après Era Vulgaris, les ventes en berne et la critique tiède laissant planer le doute sur la suite. Homme aurait pu se retirer, prendre une pause indéfinie, se replier sur sa santé et sa famille. Personne ne le lui aurait reproché.
Josh Homme, à l'époque de l'album né de cette épreuve : fuir, ou courir dedans
Il fait le choix inverse, qu'il résumera d'une phrase devenue la clé de l'album à venir : face à ce qui lui était arrivé, il pouvait le fuir, ou courir dedans. Il choisit de courir dedans. Plutôt que de fuir le traumatisme, il décide d'en faire un matériau. L'album qui vient ne parlera pas d'autre chose que de cela : la mort frôlée, la peur, la fragilité, la dépression, la lente remontée. Ce sera le disque le plus personnel et le plus exposé de toute sa carrière, celui où la maîtrise technique s'efface devant l'aveu. La quasi-mort de 2010 n'aura pas tué Queens of the Stone Age ; elle lui aura donné son chef-d'œuvre.
Chapitre 13 : ...Like Clockwork (2013)
L'univers de ...Like Clockwork signé Boneface (« I Sat by the Ocean »)
13.1 L'album de la résurrection
Six ans de silence séparent Era Vulgaris de son successeur, la plus longue pause de l'histoire du groupe. Quand ...Like Clockwork paraît enfin, le 4 juin 2013 aux États-Unis, l'album porte le poids de tout ce qui a précédé : la traversée aride d'Era Vulgaris, le traumatisme intime de Homme largement médiatisé, l'incertitude sur l'avenir même de Queens of the Stone Age. Homme espérait initialement que Trent Reznor le produise ; ce sera finalement un disque auto-produit, enregistré dans son propre studio, le Pink Duck de Burbank, capté et mixé par Mark Rankin. Le titre, lui, vient d'une plaisanterie amère du groupe pendant les déboires d'enregistrement, ce « comme sur des roulettes » qu'on lâche quand rien ne fonctionne.
Dès les premières mesures de « Keep Your Eyes Peeled », l'atmosphère est posée, lourde, menaçante, presque suffocante. Le riff rampe comme une menace imminente, et la voix de Homme, plus basse et plus éraillée que jamais, délivre une noirceur sans fard. Cette noirceur n'est pas une posture esthétique : elle vient directement de la chambre d'hôpital, des quatre mois d'alitement et des deux ans de silence intérieur. Homme ne compose pas un disque sur la mort par goût du morbide, il compose le seul disque qu'il pouvait composer après avoir frôlé la sienne. C'est ce qui donne à ...Like Clockwork sa densité particulière, celle d'une œuvre où chaque note semble avoir été payée.
Queens of the Stone Age, Bogotá, 7 octobre 2014 (ère ...Like Clockwork)
13.2 Le premier, et unique, numéro un
Le résultat dépasse toutes les attentes. ...Like Clockwork entre directement en tête du Billboard 200, avec environ 91 000 exemplaires écoulés la première semaine, le meilleur démarrage du groupe depuis Lullabies to Paralyze. Pour un groupe de rock en 2013, à l'heure où les ventes physiques s'effondrent sans que le streaming les compense encore, la performance est remarquable. C'est le premier numéro un de Queens of the Stone Age aux États-Unis, et il le demeure à ce jour, le seul. Aucun album suivant, pas même In Times New Roman... dix ans plus tard, ne rééditera l'exploit.
La critique suit, presque unanime. Avec une moyenne de quatre-vingt-deux sur cent, c'est l'album le mieux accueilli du groupe depuis Songs for the Deaf. AllMusic salue un disque « d'une concentration inhabituelle pour un album de Queens of the Stone Age, contenant toutes les marques de fabrique du groupe, le volume et le crissement, mais aussi un sens grisant du danger, trouvant la séduction au cœur de l'obscurité ». La reconnaissance culminera l'année suivante avec trois nominations aux Grammy Awards, dont celle du meilleur album rock et celle de la meilleure performance rock pour « My God Is the Sun ». Cette consécration double, commerciale et critique, vaut bien plus qu'un succès de plus : elle valide une trajectoire entière et prouve qu'un groupe peut aborder ses thèmes les plus sombres sans perdre son public.
Autour de ...Like Clockwork : le temps, l'horloge et la mort, motifs de l'album
13.3 La traversée de l'album, de la menace à la grâce
« Keep Your Eyes Peeled » ouvre le disque sur un blues doom aux éclats industriels, ralenti jusqu'à la menace, avec Jake Shears des Scissor Sisters glissé aux chœurs. Puis « I Sat by the Ocean », deuxième single, relance le tempo, rocker plus direct et enlevé qui offre une éclaircie avant la plongée. Car la plongée vient vite : « The Vampyre of Time and Memory » est une ballade nue, voix et piano, où Homme met à plat sa désorientation d'après le trauma. C'est l'un des moments les plus vulnérables jamais gravés par le groupe, une chanson qui demande, en substance, s'il reste encore quelqu'un derrière les yeux.
Queens of the Stone Age, « If I Had a Tail » (clip animé), avec Alex Turner, Mark Lanegan et Nick Oliveri aux chœurs
« If I Had a Tail » ramène la tension collective. Dave Grohl y tient la batterie, et le refrain scandé réunit une petite armée de voix, celles d'Alex Turner, de Mark Lanegan et de Nick Oliveri. Le retour d'Oliveri, l'ancien bassiste renvoyé par Homme en 2004, a valeur de symbole : apprenant que Grohl participait au disque, il avait redemandé sa place ; Homme conserva Shuman à la basse mais lui rouvrit la porte des chœurs, geste de réconciliation partielle qui en dit long sur le climat apaisé de l'album. Vient ensuite « My God Is the Sun », premier single et morceau le plus solaire du lot, joué en première mondiale au Lollapalooza brésilien le 30 mars 2013, soir des débuts sur scène du nouveau batteur Jon Theodore.
Queens of the Stone Age, « My God Is the Sun », premier single de ...Like Clockwork
La seconde moitié du disque est celle des grands invités et des sommets. « Kalopsia » avance par vagues, avec la contribution de Trent Reznor à ses textures. « Fairweather Friends » réunit sur un même morceau Grohl à la batterie, Reznor, et surtout Elton John, au piano et au chant. L'histoire de sa venue est entrée dans la légende du groupe. Elton écoutait Them Crooked Vultures dans sa voiture, son assistant lui avait soufflé le nom de Queens of the Stone Age, et le chauffeur se trouvait justement être un ancien colocataire de Homme. Un dimanche, le téléphone de ce dernier sonne. Persuadé d'une farce, il entend au bout du fil : « Bonjour Josh, c'est Elton. La seule chose qui manque à ton groupe, c'est une vraie reine ! » Et Homme de répondre : « Chéri, tu n'as aucune idée. »
Queens of the Stone Age, « Fairweather Friends », avec Elton John au piano et au chant
Les sessions avaient été sombres jusque-là ; la présence d'Elton, dira Homme, les fit soudain flotter sur un petit nuage. Puis vient « Smooth Sailing », le titre le plus funky et le plus canaille de l'album, où Homme pousse la voix jusqu'au falsetto avec une assurance retrouvée. Et enfin « I Appear Missing », le cœur battant du disque, une pièce de six minutes qui monte, s'effondre et renaît comme une architecture en mouvement. Le titre dit déjà tout, disparaître, se sentir absent à soi-même, thème que la quasi-mort a rendu littéral. C'est là que l'album atteint son sommet, dans cette longue montée finale où la fragilité se retourne en puissance. Si un seul morceau devait résumer la renaissance de Homme, ce serait celui-là : la preuve entendue que l'homme qui n'entendait plus de musique en avait retrouvé, et de la plus grande.
Queens of the Stone Age, « I Appear Missing » (clip animé par Boneface et Liam Brazier)
13.4 Le cauchemar animé de Boneface
Un plan des courts-métrages de Boneface : l'homme qui tombe
...Like Clockwork n'est pas seulement un disque, c'est aussi un objet visuel, et cette dimension mérite qu'on s'y arrête. La pochette, comme toute l'imagerie de l'album, est signée Boneface, illustrateur britannique de Liverpool qui cultive l'anonymat et un style à la lisière du comic de super-héros, du film d'horreur de série B et de la culture skate. Homme suivait son travail depuis un moment. L'anecdote que le musicien aime raconter dit tout de sa méthode : il demanda à l'artiste s'il avait déjà animé quoi que ce soit ; l'autre répondit non ; Homme sourit et lâcha simplement « Parfait. »
Boneface : croquis préparatoire pour les films de ...Like Clockwork
Car le disque s'est prolongé en une série de cinq courts-métrages animés, pour « Keep Your Eyes Peeled », « If I Had a Tail », « My God Is the Sun », « Kalopsia » et « I Appear Missing », que Boneface confia à l'animateur londonien Liam Brazier. Diffusés progressivement au fil de mai 2013, puis assemblés en un court-métrage d'un quart d'heure, ils forment un récit continu à la logique de cauchemar : un homme bandé et ensanglanté traîné à travers un désert sous l'œil des charognards, une lévitation au bord d'une falaise suivie d'une chute libre à travers une ville, et cette figure de forain inquiétant errant dans des ruelles où les fenêtres explosent sur son passage. Brazier résumait l'entreprise d'une formule : transformer les dessins « magnifiquement sanglants » de Boneface en quelque chose « à mi-chemin entre une bande dessinée animée et un abattoir tenu par Tarantino ».
Queens of the Stone Age, « Keep Your Eyes Peeled », l'un des cinq morceaux mis en images par Boneface et Liam Brazier
Le dispositif alla jusqu'à déborder de l'écran : un site permettait au personnage glaçant de « Kalopsia » d'appeler pour de vrai le téléphone du fan, d'une voix distordue qui était celle de l'animateur lui-même. La première vidéo dépassa le million de vues en deux jours. Homme, lui, résuma l'ensemble d'une image, « un documentaire sonore d'une année de folie ». Rarement un album aura à ce point débordé de sa propre forme, prolongeant la noirceur de la musique dans une mythologie visuelle cohérente. La renaissance de Queens of the Stone Age ne fut pas seulement un son : ce fut un monde.
Boneface : le personnage à l'œil, l'un des visages du cauchemar animé
13.5 La batterie, et la fin des portes tournantes
La question de la batterie mérite qu'on s'y arrête, car elle est souvent mal racontée. Non, Dave Grohl n'a pas joué toute la batterie de l'album. Trois batteurs se partagent les dix morceaux. Joey Castillo, encore membre au début des sessions, tient les titres enregistrés avant son départ, écarté environ au tiers de l'enregistrement. Grohl reprend le flambeau et assure la majeure partie du reste, cinq morceaux parmi les plus marquants. Quant à Jon Theodore, ancien de The Mars Volta, il ne joue que sur le morceau-titre. C'est pourtant lui qui va rester.
Queens of the Stone Age, Peabody Opera House, Saint-Louis (ère ...Like Clockwork)
Theodore rejoint officiellement Queens of the Stone Age en 2013, ses débuts sur scène ayant lieu au Lollapalooza brésilien à la fin du mois de mars, en remplacement de Joey Castillo. Avec son arrivée, le groupe met un terme à quinze ans de portes tournantes derrière les fûts. Pour la première fois depuis le passage de Grohl sur Songs for the Deaf, il trouve un batteur qui apporte autant l'intelligence musicale que la puissance brute, et qui, cette fois, ne repartira pas. C'est le premier verrou de la stabilisation à venir.
Affiche de concert, Queens of the Stone Age, Luna Park, Buenos Aires
13.6 Le morceau-titre et le sens de l'album
Le disque se referme sur « ...Like Clockwork », son cœur émotionnel, seule plage où Theodore tient la batterie et que James Lavelle a produite et arrangée, jusqu'à une montée de cordes. C'est une ballade lente, presque désarmée, qui contraste radicalement avec l'imagerie musculeuse habituelle du groupe. Homme y chante le sentiment d'être devenu étranger à lui-même, la peur de ne jamais retrouver l'équilibre, et transforme l'expérience intime en méditation universelle sur la fragilité.
Queens of the Stone Age, « ...Like Clockwork », le morceau-titre, seule plage où joue Jon Theodore
...Like Clockwork apparaît alors comme la synthèse de tout ce que Homme a appris depuis Kyuss : la maîtrise du son, l'intelligence des arrangements, l'art du refrain qui reste, l'audace de l'expérimentation, et désormais la maturité émotionnelle d'un homme qui a regardé sa propre fin en face. C'est l'album où la technique s'efface devant l'aveu, et où, paradoxalement, le groupe n'a jamais paru aussi maître de son art. La mort frôlée n'a pas brisé Queens of the Stone Age ; elle lui a donné son chef-d'œuvre, et le point de départ de sa décennie la plus stable.
L'univers visuel de ...Like Clockwork : la main, la montre, le fil du temps
Chapitre 14 : Villains (2017)
14.1 Mark Ronson, ou l'art du choix déroutant
Après le sommet de ...Like Clockwork, une question se posait : que fait-on d'une résurrection ? La réponse, en 2017, prend la forme la plus inattendue qui soit. Pour Villains, septième album publié le 25 août, Homme confie la production à Mark Ronson, épaulé au mixage par Mark Rankin. Le choix a de quoi dérouter. Ronson, c'est l'artisan du son rétro-soul d'Amy Winehouse, l'homme derrière le tube planétaire « Uptown Funk ». Rien, en apparence, ne le prédestinait à Queens of the Stone Age.
C'est précisément ce qui intéresse Homme. Fidèle au principe qui gouverne toute sa carrière, il cherche la friction, l'angle mort, le collaborateur capable de le déloger de ses automatismes. Il ne s'en cache d'ailleurs pas : passionné de danse, fasciné par la mécanique rythmique de la pop de Ronson, il voulait un disque qui fasse bouger. Prendre un producteur venu du groove pour un groupe de rock du désert, c'est se mettre volontairement en danger, refuser le confort de la répétition. Villains naît de ce pari.
Queens of the Stone Age, Wembley Arena, Londres, 2017, tournée Villains (affiche Rhys Wootton)
14.2 Le groove mis en pleine lumière
Autre première, moins commentée mais tout aussi révélatrice : Villains est le tout premier album de Queens of the Stone Age à ne compter aucun invité extérieur. Après des décennies de collaborations, de chœurs prestigieux et de portes ouvertes, le groupe s'enregistre enfin seul, réduit à ses cinq membres. C'est aussi le premier disque où Jon Theodore participe pleinement en studio comme membre à part entière. La stabilisation dont on parlait porte ici son premier fruit visible : un album que le groupe n'a besoin de personne pour porter.
Queens of the Stone Age, tournée 2017 (affiche Ken Taylor)
Le résultat est le disque le plus dansant du groupe. Villains assume un groove disco-rock, des lignes de basse qui claquent, une production léchée où chaque son est sculpté avec soin. Ronson n'a pas adouci Queens of the Stone Age, il a mis en avant une dimension qui existait déjà, ce sens du déhanché qu'on entendait dès « Make It wit Chu ». L'album est plus lisse, plus immédiat, plus pop dans sa surface, mais la mécanique dessous reste retorse. C'est un disque qui sourit, ce qui, chez un groupe réputé pour sa noirceur, est déjà une forme de provocation.
Queens of the Stone Age, « Feet Don't Fail Me », l'ouverture de Villains
14.3 Du boogie au clin d'œil glam
« Feet Don't Fail Me » ouvre l'album après une longue introduction en tension, dissimulant sous son groove une complexité d'écriture typique du groupe. Puis « The Way You Used to Do », premier single, en offre la vitrine parfaite : un boogie électrique irrésistible, taillé pour le mouvement, d'une efficacité redoutable, le genre de titre qui fait comprendre en trente secondes ce que Ronson est venu chercher. La sophistication du groupe s'y met au service d'un plaisir simple et direct.
Queens of the Stone Age, « The Way You Used to Do », premier single de Villains (réalisation Jonas Åkerlund)
L'album cache pourtant ses profondeurs. « Un-Reborn Again » assume un clin d'œil appuyé à Marc Bolan et T. Rex, jusque dans le phrasé des paroles, rappel que le glam a toujours couru sous le rock de Homme. « The Evil Has Landed », deuxième single, déploie sur près de six minutes une structure mouvante, avec un pont funk hérissé qui casse net le morceau en son milieu. Et « Villains of Circumstance », qui referme l'album, est en réalité le plus ancien de ses titres : Homme l'avait déjà joué seul, en acoustique, dès 2014, au festival Meltdown organisé par James Lavelle. Preuve que même l'album le plus léger du groupe garde ses racines longues.
Queens of the Stone Age, « The Evil Has Landed », deuxième single de Villains
Le lancement de l'album fut d'ailleurs à l'image de son humour retors. Le 14 juin 2017, plutôt qu'un communiqué, le groupe publie une fausse séance de détecteur de mensonge, « Queens of the Stone Age Face the Truth », où les cinq musiciens, en échouant piteusement au test, finissent par lâcher malgré eux le titre de l'album et le nom de son producteur. Sur le site officiel, un vieux téléviseur diffusait en parallèle des messages cryptiques, dont cette phrase griffonnée en rouge, « le sifflement dans mes oreilles vient d'une autre vie ». Manière très Homme d'annoncer un disque : par le jeu, l'ironie et le brouillage plutôt que par la grandiloquence.
Queens of the Stone Age, « Villains of Circumstance », la clôture de Villains, esquissée dès 2014 au Meltdown
14.4 Un succès public et une réception divisée
Commercialement, Villains confirme le statut du groupe. L'album entre à la troisième place du Billboard 200 et décroche surtout le tout premier numéro un de Queens of the Stone Age au Royaume-Uni, en tête également en Australie, au Canada et ailleurs. La critique, avec une moyenne de quatre-vingt-un sur cent, est largement favorable : AllMusic salue « une joie sombre, un disque qui offre un plaisir viscéral dans sa menace complice », relevant que ce groupe seul, sans même le renfort habituel de Lanegan, sait toujours exactement quand accélérer. L'album décrochera une nomination au Grammy du meilleur album rock, sans l'emporter.
Queens of the Stone Age, Villains Tour, 2018
Villains divise pourtant, et c'était inévitable. Une partie des fans y voit une concession, un lissage, un Queens of the Stone Age qui perd de son mordant ; Pitchfork épingle quelques refrains trop statiques. D'autres y lisent un mûrissement logique, la preuve qu'un groupe installé a le droit de vouloir faire danser. La vérité tient sans doute entre les deux : Villains n'est ni la trahison ni le chef-d'œuvre qu'on a voulu y voir, mais une exploration de plus, cohérente avec une carrière bâtie sur le refus de se répéter. Après avoir survécu à la mort et signé le disque de la gravité, Homme s'autorisait la légèreté. Ce n'est pas le moindre signe de maturité que de pouvoir, aussi, ne pas se prendre au sérieux.
Chapitre 15 : In Times New Roman... (2023)
L'univers visuel d'In Times New Roman... : le loup, le serpent, le masque
15.1 Six ans, et une traversée personnelle
Il faudra attendre six ans pour la suite, le plus long intervalle depuis ...Like Clockwork. Entre-temps, il y a eu la pandémie, qui a tout figé, et surtout une période personnelle brutale pour Homme : un divorce très public et une longue bataille pour la garde de ses enfants avec son ex-épouse, la chanteuse des Distillers Brody Dalle, qui l'ont laissé à vif. Il révélera aussi avoir reçu, dans ces années, le feu vert médical après une alerte au cancer. In Times New Roman..., huitième album, paraît le 16 juin 2023, sur Matador. Le groupe en assure lui-même la production, entre le studio Pink Duck de Homme et le Shangri-La de Rick Rubin à Malibu, comme s'il ne pouvait confier à personne d'autre un disque aussi intime.
Josh Homme à l'époque d'In Times New Roman..., un disque de deuil et de survie
Le titre lui-même condense l'humeur du disque. Il vient du dernier morceau, « Straight Jacket Fitting », et compare l'Amérique contemporaine au déclin de Rome, avec un jeu de mots que Homme savoure : « La police de caractères la plus ennuyeuse du monde porte le nom de l'un des plus grands empires de tous les temps ! » Derrière la plaisanterie typographique, un constat sans appel, celui qu'« on a le droit de reconnaître que Rome brûle et que le Titanic coule ». La pochette, elle, marque des retrouvailles : pour la seule fois de leur histoire, le groupe rappelle un même artiste, Boneface, déjà à l'œuvre sur ...Like Clockwork, comme pour refermer la décennie sous le même trait sanglant.
Queens of the Stone Age, tournée « The End Is Nero », Oshawa, 2024 (affiche Miles Tsang)
15.2 Un album traversé par le deuil
In Times New Roman... est hanté par la mort. Ces années ont emporté plusieurs proches de Homme : Mark Lanegan, compagnon de route de longue date et voix récurrente de son univers, disparu le 22 février 2022 ; le batteur des Foo Fighters Taylor Hawkins ; l'acteur Rio Hackford ; et le chef Anthony Bourdain, ami intime, quelques années plus tôt. On a parfois présenté l'album comme une dédicace à Lanegan. C'est aller trop vite, car aucune dédicace formelle ne figure au disque. Ce qui est exact, en revanche, c'est que le deuil le travaille de l'intérieur, dans son entier, et qu'il en nourrit la colère sourde et l'amertume. Homme lui-même a relié l'album aux sept étapes du deuil.
Queens of the Stone Age, imagerie de l'ère In Times New Roman... (2023-2024)
15.3 Le retour aux racines d'un survivant
Musicalement, c'est un retour aux racines, mais un retour de survivant. On y retrouve la lourdeur, le riff tranchant, le mordant qu'on avait pu croire assagis sur Villains, joués cette fois par un groupe qui n'a plus rien à prouver et qui a tout traversé. La critique ne s'y trompe pas : Pitchfork y entend « l'œuvre la plus lourde et la plus rageuse depuis le sous-estimé Era Vulgaris de 2007 », et le NME parle d'« une écoute crasseuse, qui se sert de la douleur pour retrouver une rugosité absente depuis 2007 ». La maturité n'y prend pas le visage de la sagesse polie : l'album est rageur, sarcastique, souvent franchement noir, jusque dans ses titres et ses jeux de mots venimeux.
Queens of the Stone Age, « The End Is Nero », Fortitude Music Hall, Brisbane, 26 février 2024
15.4 La traversée de l'album
L'album s'ouvre sur « Obscenery », qui installe d'emblée la tension entre la lourdeur des guitares et une discrète section de cordes, marque d'un groupe qui n'a pas oublié l'art des arrangements. « Paper Machete », l'un des singles, enchaîne, nerveux et coupant, porté par une langue acérée. « Negative Space » compte parmi les titres les plus directs de la première moitié, tandis que « Carnavoyeur », autre single, ouvre une parenthèse plus atmosphérique et chatoyante, de nouveau rehaussée de cordes.
Queens of the Stone Age, « Paper Machete » (clip animé, In Times New Roman...)
Les titres eux-mêmes sont un terrain de jeu. Homme, amateur revendiqué de calembours à la George Carlin, a forgé de toutes pièces des mots-valises comme « Carnavoyeur », contraction de carnivore et de voyeur, et s'en amuse sans complexe : « Si Bill Shakespeare le faisait, pourquoi pas moi ? » Sous la noirceur, l'homme n'a rien perdu de son goût du jeu, ni de cette façon très personnelle de désamorcer le tragique par la langue.
Queens of the Stone Age, « Carnavoyeur », deuxième extrait d'In Times New Roman...
« Emotion Sickness », le single-annonce paru un mois avant l'album, en est l'un des sommets, et le seul titre à accueillir un invité, Matt Helders des Arctic Monkeys aux chœurs, discret retour d'ascenseur d'une longue amitié. Mais c'est la clôture qui frappe le plus fort : « Straight Jacket Fitting », neuf minutes, le morceau le plus long que le groupe ait jamais gravé, une épopée qui prend son temps, superpose et libère, et rappelle que ce groupe sait bâtir des cathédrales autant que des brûlots. La mécanique reste celle d'une formation au sommet de son métier ; le retour aux racines ne signifie jamais régression.
Queens of the Stone Age, « Emotion Sickness », single-annonce d'In Times New Roman...
15.5 L'honnêteté de l'amertume
Ce qui fait la force de l'album, c'est son refus de la consolation facile. Homme y règle des comptes, avec le monde et avec lui-même, sans chercher à s'adoucir. Il a d'ailleurs expliqué pourquoi il avait tant tardé à chanter ces morceaux : la musique était bouclée dès le début de 2021, mais il n'a posé sa voix et écrit les paroles qu'en novembre 2022, quand il s'est enfin senti prêt.
Queens of the Stone Age, Fortitude Music Hall, Brisbane, février 2024
« Quand on traverse les hauts et les bas extrêmes de la vie, on ne s'arrête pas pour se dire : je devrais vraiment faire un disque. Je n'en avais pas fini de vivre. Honnêtement, j'avais sans doute peur. »
Commercialement plus discret que ...Like Clockwork ou Villains, l'album entre tout de même dans le top dix américain, à la neuvième place, et reçoit un accueil critique favorable, autour de quatre-vingts sur cent. Mais l'essentiel n'est pas là. In Times New Roman... est peut-être le disque le plus honnêtement amer de la discographie, et cette honnêteté est sa force : c'est un album qui refuse de faire semblant d'aller bien.
Queens of the Stone Age, « Straight Jacket Fitting », les neuf minutes qui referment l'album
15.6 Une préparation qui s'ignore
Personne ne le savait encore, mais In Times New Roman... était une préparation. L'album referme la séquence de la maturité au moment même où s'ouvre, en coulisses, la dernière et la plus grave des épreuves. Les combats pour la santé de Homme, un cancer diagnostiqué puis une chirurgie d'urgence, allaient bientôt donner naissance au projet le plus improbable et le plus bouleversant de toute sa carrière, la réinvention des Catacombes. Mais ceci est l'objet du dernier article.
Queens of the Stone Age, TSB Arena, Wellington, 1er mars 2024 (affiche Blair Sayer)
Chapitre 16 : La part d'ombre
L'autre versant : le petit diable et le colosse à terre
Le mythe du défoncé
Un portrait qui n'aurait que des lumières ne serait pas un portrait. Après avoir raconté la survie, la renaissance et la maîtrise, l'honnêteté commande de regarder l'autre versant, celui que les fiches de fans ne mentionnent jamais. Et le premier réflexe serait justement le plus faux : imaginer Josh Homme en rockeur du désert perpétuellement défoncé. Ses propres mots démentent le cliché.
Le malentendu vient d'une chanson. « Feel Good Hit of the Summer », qui ouvre Rated R en 2000, n'est qu'une liste de drogues récitée. On y a lu une confession, une glorification. C'est un contresens que Homme corrige depuis vingt-cinq ans. Le morceau était une plaisanterie jetable, née d'une fête au désert, que le producteur Chris Goss a imposée en ouverture ; Homme y voyait « un couteau dans la nuque du stoner rock », cette étiquette qu'il détestait. « J'espère toujours que la moitié des gens comprennent la blague, et que l'autre moitié est la blague », résumait-il. Ni éloge, ni aveu : une provocation pince-sans-rire.
Lui-même récusait l'image. « Je ne suis pas un dingue militant de la drogue, je suis sensible », disait-il en 2003, ajoutant même ne pas fumer d'herbe. Sa posture n'est pas l'excès, mais le contrôle : « On ne sait pas où est la ligne tant qu'on ne l'a pas franchie. Mais on s'ajuste, et on n'inflige pas cette merde à quelqu'un d'autre. » Voilà le vrai Homme, obsédé de maîtrise au milieu du chaos qu'il organise.
Queens of the Stone Age, Newcastle, 2018 (tournée Villains)
Ce contrôle a pourtant ses failles, bien réelles. L'alcool, lui, n'a jamais été une posture. Reçu à onze heures du matin par un journaliste en 2017, Homme boit de la tequila et lâche qu'il est « encore soûl de la veille » ; des musiciens de son entourage racontent ne pas pouvoir l'approcher « sans une quantité invraisemblable de tequila ». Et en 2023, à cinquante ans, il finit par livrer l'aveu global : « J'ai pris assez de drogues pour tuer un petit garçon. Et je bois encore un verre de vin. »
Modération tardive à la manière d'Iggy Pop, le vin oui, le reste non. Mais il faut se garder d'aller plus loin que lui. Homme n'a jamais annoncé de sobriété, et l'idée d'un « alcoolisme » ou d'une cure de désintoxication ne provient que des actes de divorce de son ex-femme, partie adverse dans une guerre judiciaire. C'est une allégation, pas un fait, et il faut la traiter comme telle.
Queens of the Stone Age, Halloween 2014, The Forum : à l'affiche, « Nick Oliveri's Uncontrollable », signe d'une réconciliation
La ligne, et les fois où il l'a franchie
Cette obsession de la ligne, Homme l'a d'abord fait payer à un autre. En 2004, il renvoie Nick Oliveri, son bassiste et vieux complice. Le motif affiché à l'époque, un comportement trop brutal envers le public et la fête à l'excès, en cachait un plus grave, qu'il révélera en 2005 : une rumeur de violence conjugale. « J'ai dit à Nick : si jamais j'apprends que c'est vrai, je ne peux pas te connaître. » Oliveri le reconnaîtra des années plus tard, « j'aurais viré ma pomme, moi aussi ». Il y a là une ironie que la suite rendra cruelle : l'homme qui traçait une ligne morale contre la violence d'un autre se retrouvera, une décennie plus tard, accusé à son tour.
« The Evil Has Landed » : affiche Queens of the Stone Age, Santiago (tournée Villains)
Car Homme franchit aussi ses propres lignes. Le 13 juin 2008, fiévreux, sur la scène du festival Norwegian Wood à Oslo, il répond à un spectateur qui lui a lancé un objet par une bordée d'insultes, dont une injure homophobe, avant de lui jeter une bouteille. Accusé d'homophobie, il se défend dans une lettre ouverte, « ce ne sont pas les mots, c'est leur intention », défense d'autant plus bancale qu'elle rappelle qu'il avait aussi menacé le fan de le sodomiser. L'insulte reste, l'excuse ne l'efface pas.
Le pire spectacle date du 9 décembre 2017, au Forum de Los Angeles, en pleine tournée triomphale de Villains. Ce soir-là, Homme envoie un coup de pied dans l'appareil de la photographe Chelsea Lauren, qui lui percute le visage ; elle finit aux urgences. Il s'excuse dès le lendemain, « j'ai été un connard, je suis vraiment désolé », mais la BBC met fin à leur collaboration. Le même soir, lumières éteintes, il s'entaille volontairement le front au couteau et saigne le reste du concert. On ignore s'il était sous emprise, aucune source ne l'établit, mais on voit un homme au sommet critique de sa carrière en train de se déliter en public.
La guerre
La zone la plus sombre est aussi la plus trouble, et c'est celle où il faut le plus de prudence. Le divorce d'avec Brody Dalle, chanteuse des Distillers et mère de ses trois enfants, engagé fin 2019, tourne à la guerre totale. Les accusations volent dans les deux sens, et aucune, d'aucun camp, n'est un fait établi.
Dalle a accusé Homme, au procès, de violences, affirmant qu'il lui avait donné un coup de tête et proféré des menaces de mort. En septembre 2021, des demandes d'ordonnances restrictives sont déposées au nom de ses deux fils, invoquant abus et conduite en état d'ivresse. Homme affirme l'inverse, que c'est Dalle qui était violente envers lui, et nie catégoriquement tout abus.
Josh Homme, affiche de Brian Ewing, Orlando, 7 février 2014
Ce qu'on peut établir, ce sont les décisions de justice, et elles ont largement penché de son côté. Les demandes d'ordonnances des fils ont été rejetées par les tribunaux de Los Angeles. En mars 2022, Homme a obtenu la garde légale exclusive des trois enfants. Dalle a été condamnée pour outrage pour avoir refusé de remettre leur cadet, et une ordonnance restrictive a été prononcée contre elle. Aucune arrestation, aucune inculpation, aucune condamnation pour violence ou pour conduite en état d'ivresse ne pèse sur Homme. Cela ne prouve pas son innocence intime, la justice ne lit pas dans les cœurs, mais cela interdit d'en faire un coupable. Ce qui reste, c'est le naufrage : quatre années que Homme lui-même a qualifiées de « plus sombres de ma vie », entre le divorce, un cancer opéré en 2022 et le deuil.
Entouré de morts
Car la mort, dans ces années, ne cesse de frapper autour de lui. Le Bataclan en 2015, dont on a parlé ailleurs. Son ami Anthony Bourdain, qui se pend en 2018 en Alsace. Mark Lanegan, sa vieille voix fraternelle, qui s'éteint en 2022. On serait tenté d'y lire le cortège classique du rock autodestructeur. Ce serait faux, et il faut le dire : aucune de ces morts n'est une overdose. Lanegan, dont les mémoires racontent pourtant une addiction féroce à l'héroïne, était sobre depuis plus de dix ans. Bourdain n'avait aucune substance dans le sang. Le thème de l'autodestruction est réel dans les récits de vie, il ne l'est pas dans les causes de ces décès.
Queens of the Stone Age, imagerie de ...Like Clockwork : la mort et la belle
Reste alors le portrait complet, celui qu'il fallait oser. L'homme qui a transformé sa quasi-mort en chef-d'œuvre est le même qui a frappé une photographe et s'est ouvert le front sur scène. Le mari en guerre est le père à qui la justice a confié ses enfants. Le prétendu défoncé du désert est en réalité un obsédé du contrôle qui, parfois, l'a perdu de la pire des manières. Aucune de ces vérités n'annule les autres. L'art n'excuse pas le mal, et le mal n'efface pas l'art. C'est précisément cette coexistence inconfortable qui fait de Homme un homme, et non une statue, et c'est pour cela qu'il fallait la regarder en face.
Analyse : La fin des portes tournantes
On ne peut refermer cette période sans revenir au fil discret annoncé en introduction, celui qui court sous le récit spectaculaire de la mort et de la renaissance. Pendant que Queens of the Stone Age traversait ces seize années, quelque chose se stabilisait en silence : le groupe lui-même. Depuis 2013, la formation n'a plus bougé. Josh Homme, Troy Van Leeuwen à la guitare depuis 2002, Michael Shuman à la basse depuis 2007, Dean Fertita aux claviers et à la guitare depuis 2007, et Jon Theodore à la batterie depuis 2013. En 2026, ce line-up est toujours intact.
Queens of the Stone Age, le line-up resté intact depuis 2013 (photo Andreas Neumann)
Ce détail, en apparence administratif, est en réalité l'un des faits les plus importants de toute la carrière de Homme. Car Queens of the Stone Age a longtemps traîné une réputation de revolving door band, de groupe à portes tournantes où les musiciens défilaient, remplacés au gré des albums et des humeurs du fondateur. Nick Oliveri, Dave Grohl, Mark Lanegan, Joey Castillo, Alain Johannes, une longue liste de passages, de départs et de renvois avait fait de la formation une entité mouvante, presque un projet solo à géométrie variable. La stabilité de la décennie 2013-2026 rompt radicalement avec cette histoire, et en fait, de très loin, le line-up le plus durable que le groupe ait connu.
Cette permanence n'est pas neutre, elle s'entend. On ne construit pas la confiance ni la subtilité collective avec un personnel qui change à chaque disque. La maturation que l'on a suivie album après album, la capacité croissante à doser, à laisser respirer, à se comprendre sans se parler, est inséparable de cette continuité humaine. Villains, premier album sans le moindre invité extérieur, en est le symptôme le plus clair : un groupe qui n'a plus besoin de personne pour se compléter. La maturité de Queens of the Stone Age n'est pas seulement celle de Homme, c'est celle d'un organisme qui a enfin cessé de muer.
Le calendrier a d'ailleurs quelque chose de troublant. La stabilisation du line-up coïncide presque exactement avec la quasi-mort et la renaissance de 2013. Comme si l'homme qui avait failli disparaître avait, en revenant, cessé de changer les gens autour de lui, comme si l'expérience de la fin avait enseigné le prix de ce qui dure. Shuman et Fertita étaient sur scène depuis 2007, mais leur pleine empreinte en studio date de ...Like Clockwork ; Theodore arrive au même moment. La fondation se pose là, au bord du gouffre.
Il faut dissiper une confusion : cette stabilité n'a pas été rompue depuis. Aucun membre n'a quitté le groupe. Ce qui a fait l'actualité récente, ce n'est pas un départ mais la santé de Homme, ses combats médicaux à partir de 2022, jusqu'à l'annulation de la tournée de 2024 pour recevoir des soins essentiels. Le noyau, lui, est resté soudé autour de lui, et c'est peut-être ce qui a permis de traverser l'épreuve.
Car c'est bien là que cette période trouve son sens. La maturité conquise entre 2007 et 2023, la survie transformée en art, la formation enfin stable, tout cela n'était pas une fin en soi. C'était une fondation. Sur elle allait s'élever le geste le plus improbable de toute l'histoire du groupe, cette réinvention des Catacombes née au bord de la mort, où l'architecture patiemment bâtie sur quatre décennies trouverait son couronnement. La maturité, ici, n'était pas l'aboutissement. Elle était la condition de l'apogée. C'est ce sommet qu'explorera le dernier article de cette série.
Queens of the Stone Age (affiche Munk One, Varsovie)
✦ FIN DE LA PARTIE IV ✦
SÉRIE QOTSA : ARCHITECTURE DE LA PERFECTION
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Sources et Références
Discographie analysée
Queens of the Stone AgeEra Vulgaris (2007). Interscope Records / Rekords Rekords. Production Josh Homme et Chris Goss, enregistrement et mixage Alain Johannes.
Queens of the Stone Age...Like Clockwork (2013). Matador Records. Premier numéro un du groupe au Billboard 200. Auto-produit ; morceau-titre produit par James Lavelle.
Queens of the Stone AgeVillains (2017). Matador Records. Production Mark Ronson, mixage Mark Rankin.
Queens of the Stone AgeIn Times New Roman... (2023). Matador Records. Auto-produit.
Interviews et sources primaires
Interview Josh Homme, SPIN et podcast WTF with Marc Maron, 2013. Récit de la quasi-mort de 2010 (« j'ai plus ou moins crevé étouffé »).
Interview Josh Homme, Rolling Stone, 2013. « The physical scars heal quick. It's the mental ones that are tougher. »
Interview Josh Homme, NME, avril 2013. Anecdote Elton John (« an actual queen ») autour de « Fairweather Friends ».
Track-by-track de ...Like Clockwork, Billboard (Gary Graff), 2013. Crédits batterie et invités par morceau.
Interview Josh Homme, NME (Kevin EG Perry), juin 2023. Genèse d'In Times New Roman..., deuil et divorce.
Critiques et réception
AllMusic (Stephen Thomas Erlewine). Chroniques de ...Like Clockwork et Villains.
Pitchfork, Rolling Stone, Entertainment Weekly, NME. Chroniques des quatre albums.
Metacritic. Moyennes critiques : Era Vulgaris 75, ...Like Clockwork 82, Villains 81, In Times New Roman... 80.
Événements et repères
Hospitalisation et quasi-mort de Josh Homme, fin 2010. Infection à SARM, environ quatre mois d'alitement.
56e Grammy Awards, 2014. Trois nominations pour ...Like Clockwork, dont meilleure performance rock pour « My God Is the Sun ».
Mort de Mark Lanegan, 22 février 2022. Collaborateur de longue date du groupe.
Annulation de la tournée 2024 (23 août 2024) pour raisons de santé de Josh Homme.
La part d'ombre
Incident de la photographe : Variety et Rolling Stone, décembre 2017 (coup de pied à Chelsea Lauren, KROQ Almost Acoustic Christmas, excuses).
Tirade d'Oslo : The Advocate, Los Angeles Times, juin 2008 ; lettre ouverte de Josh Homme.
Renvoi de Nick Oliveri : Josh Homme, BBC Radio 1, 2005 ; Blabbermouth.
Drogues et alcool : Josh Homme, Apple Music / Revolver, 2023 ; Rolling Stone, 2003 et 2017.
Divorce et garde (Brody Dalle) : Rolling Stone, NME, Consequence, 2021-2023. Rejet des ordonnances des fils (sept. 2021), garde exclusive à Josh Homme (mars 2022), dénégations de l'intéressé.
Studios et lieux
Pink Duck StudiosBurbank, Californie. Studio de Josh Homme. Enregistrement de ...Like Clockwork et d'In Times New Roman...
Shangri-LaMalibu, Californie. Studio de Rick Rubin. Enregistrement d'In Times New Roman...
Date de publication : Juillet 2026
Auteur : Augustin Moritz Kuentz
Série : QOTSA, Architecture de la Perfection — Article 4
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