Le Diagnostic · 1.3.1 Les ZAD et autonomies locales

Les limites de l'archipel

Fragilité, dépendance, essoufflement : où s'arrêtent les ZAD comme modèle de société.

Par Augustin KuentzChapitre 1 · 1.3.1 · d

Mais l'expérience révélait aussi ses contradictions. La diversité, anarchistes, paysans, punks, néo-ruraux, créait des tensions permanentes. Les « historiques » reprochaient aux nouveaux venus leur romantisme. Les véganes s'opposaient aux éleveurs. Les radicaux méprisaient les « légalistes » négociant avec l'État.

Sarah Moreau, venue de Dijon passer six mois en 2016, nuance : « C'était magnifique mais dur. Les dominants existaient, juste moins visibles. Les grands parleurs monopolisaient les assemblées. Les femmes assuraient l'intendance invisible. Les classes sociales ressurgissaient subtilement. L'utopie, oui, mais avec ses zones d'ombre très humaines. »

L'expulsion d'avril 2018, 2 500 gendarmes contre 200 occupants, mit fin brutalement à l'expérience. Mais l'essentiel demeure : pendant 9 ans, la ZAD a prouvé qu'une autre organisation sociale est possible. Les dizaines de collectifs essaimés depuis perpétuent l'expérience. La victoire contre l'aéroport reste historique.

Surtout, les milliers de personnes passées par Notre-Dame-des-Landes ont vécu la démocratie directe dans leur chair. Cette éducation politique grandeur nature vaut tous les traités théoriques. Nombre d'entre eux militent aujourd'hui dans leurs communes, leurs associations, leurs entreprises pour des formes d'autonomie inspirées de la ZAD. L'expérience a créé une génération de citoyens formés à la démocratie réelle, ressource précieuse pour les transitions à venir, notamment lorsqu'il s'agira de penser une gouvernance granulaire à l'échelle des territoires.

D'autres ZAD, à Bure contre l'enfouissement nucléaire, au Hambach contre les mines de charbon, dans le Val de Suse contre la ligne ferroviaire Turin-Lyon, ont repris, adapté ou prolongé ces principes. Chaque territoire invente son propre équilibre entre confrontation et construction. Mais toutes partagent cette intuition : l'autonomie territoriale n'est pas un repli mais une préfiguration. Dans ces marges s'inventent peut-être les formes de souveraineté locale dont la démocratie du XXIe siècle aura besoin.

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