Après l'échec des élites technocratiques, la réaction populiste promet de tout casser. Introduction à l'anatomie d'une impasse démocratique de seconde vague.
Face à l'échec patent des élites technocratiques, la réaction populiste apparaît comme une correction naturelle, voire salutaire. Le "peuple" reprend le pouvoir confisqué par les "élites", la "vraie" démocratie remplace la démocratie dévoyée, le "bon sens" populaire corrige l'expertise déconnectée. De Trump à Bolsonaro, du Brexit à Meloni, une vague mondiale promet de "rendre le pouvoir au peuple" et de "drainer le marécage" des establishments corrompus. L'examen de cette décennie populiste révèle pourtant une impasse plus profonde encore : la colère légitime sans projet constructif produit un chaos destructeur qui aggrave les pathologies qu'elle prétend guérir.
Le paradoxe populiste réside dans sa nature profondément anti-démocratique sous couvert d'hyper-démocratisme. Comme l'analyse Yascha Mounk dans The People vs. Democracy (2018), le populisme prétend incarner la "volonté générale" rousseauiste mais nie la pluralité constitutive de la démocratie. Il y aurait "le peuple" homogène contre "les élites" parasites, sans espace pour la complexité, la nuance, la délibération. Cette simplification binaire, séduisante dans sa clarté, se fracasse sur la complexité du réel, produisant des catastrophes prévisibles mais déniées.