Le Diagnostic · 2.3.1 Les fenêtres qui se referment

Biodiversité : La sixième extinction

Nous sommes en train de détruire les fondements mêmes de notre économie, nos moyens de subsistance, notre sécurité alimentaire, notre santé et notre qualité de vie dans le monde entier.

Par Augustin KuentzChapitre 2
« Nous sommes en train de détruire les fondements mêmes de notre économie, nos moyens de subsistance, notre sécurité alimentaire, notre santé et notre qualité de vie dans le monde entier. » Robert Watson, président de l'IPBES (2019)

L'effondrement du vivant progresse dans un silence assourdissant que nos démocraties peinent à entendre. Le rapport 2022 du WWF Living Planet documente l'hécatombe avec une précision chirurgicale : 69 % de déclin des populations de vertébrés depuis 1970, 83 % pour les espèces d'eau douce. Ces chiffres abstraits masquent une réalité vertigineuse, nous assistons à la sixième extinction de masse de l'histoire terrestre, la première causée par une espèce consciente de son acte, et susceptible d'en subir elle-même l'extinction.

Les écosystèmes s'effondrent selon des dynamiques de seuil que nos institutions linéaires ne savent pas appréhender. La forêt amazonienne, ce régulateur climatique planétaire abritant 10 % de la biodiversité mondiale, bascule inexorablement de puits à source de carbone. Point de non-retour estimé : 20 à 25 % de déforestation. Niveau actuel : 17 %. Au rythme actuel, le basculement interviendra avant 2030. Les récifs coralliens, nurseries de 25 % de la vie marine, blanchissent massivement. La Grande Barrière de Corail a connu des épisodes de blanchissement affectant jusqu'à 91 % de sa surface lors des vagues de chaleur récentes. Une température létale généralisée est prévue pour 2035 si les émissions suivent leur trajectoire actuelle selon les scénarios du GIEC.

Ana Gutierrez, biologiste marine à Veracruz, plonge depuis vingt ans sur les mêmes récifs mexicains. Son témoignage glaçe : « En 2004, c'était une explosion de vie. Poissons perroquets, mérous, tortues, une symphonie de couleurs. Aujourd'hui ? Un cimetière sous-marin. Des coraux blanchis comme des os, des algues brunes étouffant les reliefs, et un silence de mort. Les pêcheurs locaux me disent : 'La mer est morte.' Ils ont raison. En une génération, nous avons tué ce qui existait depuis des millénaires. Les politiciens promettent des aires marines protégées. Protéger quoi ? Des cadavres ? »

Le point de non-retour approche avec une régularité métronomique que masque notre aveuglement collectif. Les seuils d'effondrement écosystémique ne sont pas théoriques mais mesurables : jusqu'à 75 % de biomasse d'insectes volants disparue dans certaines zones d'Europe, notamment en Allemagne selon l'étude Hallmann et al., les chaînes alimentaires qui se brisent, les services écosystémiques qui s'éteignent. L'agriculture industrielle, dépendante à 35 % de la pollinisation animale selon la FAO, court vers le mur. Les signaux sont partout, rendements qui plafonnent, ravageurs qui explosent, sols qui meurent.

Et pourtant... la machine démocratique continue sa course aveugle.

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