Le Diagnostic · 2.3.2 La convergence des catastrophes

Accélération : Le temps qui manque

La vitesse est devenue l'environnement même dans lequel nous existons.

Par Augustin KuentzChapitre 2
« La vitesse est devenue l'environnement même dans lequel nous existons. » Paul Virilio, Vitesse et Politique (1977)

L'accélération temporelle des crises comprime dramatiquement les fenêtres de décision démocratique. Les parlements délibèrent en mois, les crises évoluent en jours, les cascades systémiques se déploient en heures. Cette désynchronisation temporelle condamne les démocraties à une réactivité perpétuelle, toujours en retard d'une crise. Le temps nécessaire à la délibération démocratique, consultations, débats, compromis, devient un luxe mortel face à des dynamiques exponentielles qui doublent d'intensité pendant que les commissions parlementaires rédigent leurs rapports préliminaires.

La pandémie de COVID-19 a brutalement révélé cette inadéquation temporelle. Temps de doublement du virus : 3 jours en phase exponentielle. Temps de réaction démocratique moyen : 3 semaines entre identification du problème et premières mesures significatives. Durant ce décalage, les contaminations ont été multipliées par 100 dans plusieurs pays. Les démocraties qui ont le mieux réagi ont dû suspendre temporairement leurs procédures normales, un aveu d'échec structurel. Celles qui ont maintenu les processus délibératifs complets ont compté leurs morts par centaines de milliers.

L'accélération ne concerne pas que les urgences sanitaires. Marchés financiers : krachs en microsecondes. Réseaux sociaux : rumeurs virales en heures. Écosystèmes : basculements en saisons. Climat : emballements en années. Face à ces temporalités compressées, les cycles électoraux de 4-5 ans apparaissent comme des éternités géologiques. Un gouvernement met deux ans à comprendre la crise, un an à concevoir une réponse, un an à la mettre en œuvre. Entre-temps, la crise a muté trois fois et rendu la solution obsolète.

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